Une dispendieuse campagne de prévention.
CRITIQUE
DE LA CAMPAGNE DE LA MILDT
CONTRE LE CANNABIS
Le 2 février 2005, lancement de la campagne « Le cannabis est une réalité », par le ministre de la santé.
Montage de cette campagne : Didier Jayle (MILDT) et l’INPES.
Coût : 10 millions d’Euros pour le contribuable ! En sus des 40 millions d’Euros de budget annuel de la MILDT.
Contenu :
- le jour même mise en service d’une ligne spécifique : « Écoute cannabis » : 08 11 91 20 20
- 6 spots télévisés de 25 secondes diffusés du 8 au 27 février sur les chaînes hertziennes et les chaînes du câble dédiées aux jeunes, comme MCM, MTV ou Eurosport.
- 8 spots radio de 35 secondes du 8 février au 6 mars sur Skyrock, NRJ, Europe 2, Fun radio… et des encarts pour la presse écrite.
- 2 millions d’exemplaires d’une brochure d’information à destination des jeunes.
- 1,3 million d’exemplaires d’un livret d’information destiné aux parents.
- 600 000 exemplaires d’un « guide d’aide à l’arrêt du cannabis » distribués.
- 240 centres de consultation cannabis désignés dans l’ensemble de la France.
Sur le plan général, on est très surpris, car la MILDT, qui refusait de croire à ce message de prévention, n’a fait appel à aucune des associations qui prônaient la dangerosité du produit au cours des dernières années, message non reconnu ni accepté par la MILDT. Ceux qui avaient un peu d’acquis ont été ignorés.
Il n’y a eu aucune évaluation des expérimentations effectuées.
On constate une absence totale de relais pour cette campagne.
Les erreurs grossières commises entraîneront une inefficacité qui fera dire à la MILDT que c’est la prévention qui est inefficace, alors que c’est le message qui était mal ficelé, mal présenté et mal perçu. La cible de la MILDT est très mal définie.
Or, le vrai problème de notre société aujourd’hui que la MILDT veut ignorer est
la maladie toxicomaniaque des jeunes sollicités dès l’âge de 10 ans !
En dehors d’une appréciation générale, en essayant d’être courts et clairs, nous avons étayé nos propos par les quelques exemples très concrets, parmi d’autres, qui suivent, tirés des documents publiés.
APPRÉCIATION MÉDIATIQUE
Nous ne reviendrons pas sur la mollesse de l’aspect médiatique de cette campagne. Si beaucoup de gens ont vu les spots, aucune analyse n’a été publiée sur les effets, ou le simple ressenti des informations exposées.
L’avis général dans le milieu concerné est extrêmement médiocre, sur une campagne trop courte, sans continuité.
Ces opinions sont disponibles sur les forums de discussion initiés par le gouvernement.
CRITIQUE DES TROIS LIVRETS DE LA MILDT
Les 3 livrets édités sont une somme d’incohérences sur le plan de la communication. Si toutes les informations sont présentes, on constate qu’ils ne constituent pas un ensemble de prévention mais un discours d’information, dont le but est mal perçu:
Dans le fond :
- Confusion de cible et de discours : Dans le livret d’information aux jeunes, la communication de la MILDT ne s’adresse pas aux jeunes pour les empêcher de commencer à se droguer, mais elle s’attache à dire aux gens d’arrêter de fumer : il ne s’agit donc pas d’une prévention, mais d’informations. Or, la première règle pédagogique en matière de prévention est d’employer un argumentaire adapté à la cible. La confusion entre ceux qui sont sous l’influence du toxique et ceux qui n’ont pas encore commencé aboutit à des effets imprévisibles. La MILDT, comme l’éducation nationale, préconise l’inverse en matière de prévention. C’est encore une incohérence totale.
- Confusion d’âge des interlocuteurs, de leur vulnérabilité : Aucune précaution quant à l’âge de la cible n’est indiquée dans aucun document. Jeune de 10 ans ou jeune de 25 ans, le discours paraît le même, surtout on a l’impression qu’il n’est fait aucune différence quant aux effets. Ceci est inacceptable sur le plan pédagogique, et sur le plan scientifique.
- Ces erreurs de communication sont énormes et peuvent aboutir à l’inverse de l’effet qu’on aurait pu escompter. Il y a « à boire et à manger » dans chaque livret, ainsi aucun n’est utilisable isolément pour sa cible, sauf peut-être celui pour aider à s’arrêter, et encore…
- En ayant dit tout et le contraire de tout, on ne contredit personne. Excellent sur le plan politique, mais catastrophique en termes d’efficacité.
- C’est pourquoi, utiliser les documents d’information de la MILDT en prévention, c’est faire de l’incitation à usage, et saboter les chances d’une réelle prévention primaire.
Dans la forme :
- Dans le livret aux parents, les informations sont soit tronquées et dispersées, soit minimisées.
- Certains textes sont contradictoires par rapport à d’autres soit dans le même livret, soit dans l’un des deux autres livrets.
- On trouve certains compléments d’informations concernant la cible dans un autre livret.
QUELQUES EXEMPLES PARMI D’AUTRES TIRÉS DES LIVRETS:
Le titre générique: « Le cannabis est une réalité ».
Ce titre déjà est ambigu, laissant entendre que c’est une fatalité incontournable.
On attendait « Oui, le cannabis est une drogue ». Mais aucune affirmation, pas de jugement, alors que la société a jugé, puisque c’est un produit illicite ! Rien que le titre est une remise en cause de la Loi !
Le Livret « cannabis, les risques expliqués aux parents »
Page 9
Que ressent-on, lorsqu’on a fumé du cannabis et y a-t-il des risques immédiats ?
On dit qu’il n’existe pas de mort par overdose, mais il n’est fait aucune allusion aux risques de se tuer ou de tuer quelqu’un d’autre. Risque faible, mais qui existe, et absent avec du tabac, par exemple.
Les effets « graves » sont abordés … page 13.
Page 13 :
« Y a-t-il des effets irréversibles sur la santé ? »
- Question placée en haut de page, en exergue. On sait que les gens lisent peu, et en diagonale, donc ce haut de page est souvent tout ce qui sera retenu.
Or, cette question relativise complètement les informations qui sont exposées ensuite, et qui, elles, sont parfaitement scientifiques.
- Cette question n’est pas celle que se pose une mère de famille normale.
Avant que leurs enfants ne consomment, la vraie question que les parents attendent, est :
« Est-on certain que le produit n’est pas nuisible pour la santé? »
- Ensuite, la réponse apportée ne tient compte ni des données de la science, ni du principe de précaution maximum.
En effet, aujourd’hui, personne ne peut affirmer que même à faibles doses, tout comme on le sait pour l’alcool aujourd’hui, des lésions irréversibles infra-cliniques ne se manifesteront pas un jour du fait du cannabis.
Quels sont les risques pour le cerveau ? (1er paragraphe)
Consommer du cannabis n’endommage pas le cerveau…
Le Cannabis provoque-t-il des troubles mentaux ? (2e paragraphe)
La réponse est positive avec allusions à la panique, la dépression, la psychose cannabique et la schizophrénie...
On reste sidéré de l’affirmation que de tels désordres peuvent nécessiter « quelques semaines d’hospitalisation en milieu psychiatrique » comme si, après, on en était guéri. Or, des séquelles à vie existent.
Enfin et surtout, le premier paragraphe est contredit par le second.
Page 15 :
Est-il dangereux de conduire lorsqu’on a consommé du cannabis ?
La consommation de cannabis entraîne un certain nombre d’effets pouvant rendre dangereuse la conduite d’un véhicule, d’un deux roues, ou même la circulation en roller.
« pouvant rendre», cette utilisation du verbe « pouvoir » est inacceptable, et même contraire à la législation qui interdit la conduite d’un véhicule ou d’un deux roues sous l’emprise de stupéfiant car cela représente un danger réel et non pas un danger potentiel.
Ce n’est pas une possibilité éventuelle, c’est une certitude : La consommation de cannabis entraîne des effets qui rendent dangereuse la conduite…!
Page 16 :
« Que risquent pénalement le consommateur et le trafiquant de cannabis ? »
« Il faudrait faire une répression plus prononcée. Pour tout ce qui est consommation même à petite échelle, la sanction devrait être plus sévère »
On ne comprend pas ce que cela veut dire dans la politique actuelle anti-drogue, et surtout à cet endroit du livret.
Cette phrase ressemble plus à une provocation à l’égard des parents ou des gens qui attendent plus de compréhension et de compassion que des condamnations dans un document d’information.
Est-ce un conseil au législateur ?
Page 19 :
Lorsqu’on apprend que son enfant fume …
Ne pas mettre en avant uniquement des arguments en rapport avec la santé.
À l’adolescence, on ne se soucie guère des répercussions que son comportement aura à long terme sur sa santé.
Pourquoi « à long terme » ? Le danger existe à court terme (une seule prise) par une intoxication aiguë, la MILDT reconnaît ailleurs dans ces documents que « toute consommation est potentiellement problématique », et la MILDT conseille de ne pas en parler aux jeunes ! Pourquoi ?
De même dans son interview auprès du Conseil de l’Ordre des médecins, (Bulletin du 2 février 2005) il est dit : « Si le médecin cherche à diaboliser cette consommation réputée inoffensive, il ne sera pas entendu » et «…Une consommation occasionnelle ne justifie pas d’intervention de sa part »
On déconseille donc même aux médecins de parler du risque d’intoxication aiguë.
Or, même si cela est rare, on sait très bien qu’avec une seule prise de cannabis un expérimentateur peut se jeter par la fenêtre ou tuer son meilleur ami à coup de couteau !
Page 23
…lorsque la consommation devient problématique...
Incohérence, puisqu’il est écrit ailleurs que « toute consommation est potentiellement problématique ».
Puis, Pages 24/25 Questionnaire d’auto-évaluation et quand la consommation devient problématique
L’accent est mis sur l’adolescent qui dérape. Aucun conseil de prévention pour les empêcher de commencer à fumer.
Le livret information pour les jeunes: « cannabis, ce qu’il faut savoir »
Page 3 :
Vous n’avez jamais fumé de cannabis ? Cette brochure vous donnera toutes les raisons pour ne pas commencer. Vous pensez que c’est un produit inoffensif ? Vous trouverez ici des informations et des témoignages sur la dépendance qu’il peut provoquer.
Cette première phrase est lancée comme une invitation.
Il n’est pas mentionné dans cette introduction, alors que beaucoup ne la dépasseront pas dans leur lecture, que toute consommation est potentiellement problématique, et il semblerait que le seul danger soit celui de la dépendance et non pas celui des effets neuropsychologiques et psychiatriques (expliqués ailleurs).
En matière de prévention, il n’y a qu’un seul slogan absent ici : Ne commencez jamais, quelles que soient les raisons !
Les raisons n’ont aucun sens, car tout le monde sait que ce n’est pas du domaine du raisonnable. D’où l’échec de la médecine et l’erreur des psychiatres qui ne voient qu’une partie des malades, et tardivement. On sait très bien, l’enquête de l’INSERM le rapporte aussi, que tous commencent pour faire comme les copains. Après, c’est une autre histoire…
Page 9 :
L’avis du spécialiste.
Une fois l’effet dissipé, il n’est pas prouvé qu’un usage régulier entraîne une dégradation permanente de la mémoire mais, ce qui est sûr, c’est qu’en diminuant les capacités d’apprentissage, il entraîne souvent de sérieuses difficultés scolaires.
« il n’est pas prouvé » Pourquoi ne pas parler de ce dont on est sûr, au lieu de ce dont on ne l’est pas. Là encore, on minimise les effets. Les effets sur la mémoire à court terme sont eux connus !
De plus, l’argumentation est à contrario : on ne parle pas des effets infra-cliniques et des conséquences inconnues sur une consommation chronique à long terme.
Les retards scolaires et l’absentéisme sont souvent le résultat d’une consommation même épisodique, selon les enseignants.
Recommandation : si vous sentez que votre consommation de cannabis perturbe votre vie scolaire, si vous n’arrivez pas à ne pas fumer pendant toute une journée, n’hésitez pas à demander de l’aide auprès de personnes compétentes.
Ces recommandations sont faites par l’équipe de Drogue Info Service, or, ce sont eux qui répondent au téléphone aux personnes en difficulté, elles sont plus qu’ambiguës!
D’abord, la consommation de cannabis est admise, c’est un fait acquis, naturel et accepté, alors même qu’il s’agit d’un document de prévention devant s’adresser au plus grand nombre. Ensuite, il semblerait que si les consommateurs ne fument pas tous les jours, il n’y a pas de perturbation de la vie scolaire. Il n’est toujours pas indiqué que toute consommation est potentiellement problématique. En disant : « tant qu’ils sont sous l’effet du cannabis », on ne dit pas qu’avec un joint par semaine un enfant est constamment imprégné de cannabis, puisqu’il faut près de 3 semaines pour l’éliminer.
Enfin, aucune indication sur les personnes compétentes auxquelles on est censé pouvoir demander de l’aide.
Page 13
Cannabis et conduite : attention danger !
Remarques identiques au livret précédent : la conduite est réellement dangereuse !
Aucune notion exposée sur le stockage dans les graisses, le cerveau, ni sur l’élimination du produit.
Aucune allusion au phénomène de relargage du cannabis stocké, qui peut intervenir plusieurs jours après une consommation.
Aucune indication sur le temps de demi-vie. Elle n’est indiquée nulle part (une vague allusion dans le guide d’aide à l’arrêt du cannabis).
Le problème de la concentration des produits en principe actif, n’est abordé nulle part.
On attendait ici aussi quelques mots sur l’inégalité des effets de la dépendance selon les sujets (on n’en parle que dans le livret destiné aux parents), et surtout des risques en fonction de l’âge.
Le livret « Guide d’aide à l’arrêt du cannabis »
P 27 Ce guide a été adapté d’un ouvrage réalisé par Brin F.S. Grenyer, Nadia Solowij, Richard Peters. (Illawarra Institute for Mental Health, University de Wollogong, Australie).
Si l’expérience fut concluante, on souhaiterait avoir les références des études liées.
Il n’est donné aucune indication sur l’efficacité qu’il a obtenue.
Ce livret n’est toujours pas un document de prévention.
Il ne s’adresse absolument pas à la toxicomanie des adolescents.
CONCERNANT LES CONSULTATIONS CANNABIS
Nous avons des raisons d’être très inquiets :
- les points d’écoute dont on nous a parlé, qui devaient conseiller notamment des parents en détresse, semblent s’être transformés en centres d’aide à l’arrêt de l’intoxication. Ce qui pourrait être bien, mais qui fait la prévention ? Personne ?
- Les consultations médicales ou médicalisées ne savent gérer que le malade, donc on aboutit à une psychiatrisation du problème. Quel est le discours à l’égard de celui qui n’est pas encore détraqué ? …Continuez ??? Même si le message est le même que dans les livrets, on peut se poser des questions.
- Ces personnes qui répondent, et les intervenants de terrains privilégiés par la MILDT, sont toutes les mêmes depuis des décennies dans la gestion du risque. Ces mêmes personnes disaient voici quelques mois, si c’est du cannabis, ce n’est pas grave. Quelle peut-être leur crédibilité aujourd’hui ?
CONCLUSION :
La MILDT veut que les intervenants en toxicomanies soient clairs et crédibles, mais la communication employée est confuse et ambiguë. La campagne actuelle est dispendieuse, mal ciblée, mal communiquée, et sera donc inefficace. De plus ces livrets semblent de plus en plus difficiles à trouver. Où sont-ils ? Si on ne veut plus les montrer, quelle gabegie !
Monsieur Jayle est toujours dans une gestion du risque, et non dans la volonté politique affichée du gouvernement de combattre la drogue et d’une mise en place d’une réelle prévention. Lorsque sa salle de bain est inondée, on commence par fermer l’eau, ou de limiter la fuite, avant d’éponger. Seule une prévention primaire efficace aura à terme un impact significatif sur la toxicomanie des jeunes.
Il est temps de prendre les mesures qui s’imposent !
- arrêter le gaspillage des deniers publics
- changer la politique de lutte en changeant vraiment les responsables, (or, l’UMP a dans ses rangs quelques personnes très compétentes en la matière)
Que Monsieur Dominique de Villepin, fraîchement nommé Premier ministre, agisse sur le plan national !
Qu’il fasse en sorte que, à Bruxelles, l’Europe ne s’engage pas dans une politique similaire, ce qui semble être le cas sous l’impulsion de l’ENCOD.
Si le gouvernement veut des renseignements en matière de centres thérapeutiques, le CNID est toujours disposé à partager ses documents.
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